BIOGRAPHIE

« Je ne suis qu’un ours », nous disait-il en 2016. Depuis, Yvan Marc est retourné dans sa tanière et a raccroché la fourrure : avec « Nos Dimanches », il nous convie chez lui, en Haute-Loire, avec une simplicité qu’il n’avait encore jamais osée. Alors, le temps d’un album conçu dans l’atmosphère ouatée d’une forêt enneigée, nous lui rendrons visite, au creux de cette nature qu’il aime tant.

 Il nous attendra sur le pas de la porte, et nous réchauffera avec sa voix qui ne retient plus que l’essentiel. Plutôt que de nous effrayer avec des images d’apocalypse, il convoquera ses souvenirs pour rallumer notre tendresse et notre attachement à cette planète qui surchauffe. Il nous parlera de ces étendues blanches pour ne pas oublier un essentiel qui se raréfie, avant qu’il ne devienne qu’un souvenir (« On oubliera »). Nous regarderons avec lui passer les saisons : nous verrons à travers les fenêtres refleurir le « printemps timide » (« Cette maison »), nous écouterons chanter l’écorce des arbres, nous respirerons l’odeur de la pluie d’été (« Pluie d’été ») envahissant les sous-bois, nous verrons revenir l’hiver et nous nous quitterons sur une promesse de retour (« Te revoir »). Et de ce temps suspendu entre quatre saisons, Yvan Marc fera des chansons délicates comme des gouttes de soleil sur le parquet.

Ce dimanche-là, nous le passerons dans ce coin de France qu’il n’a jamais vraiment quitté. Yvan Marc a grandi dans la Loire, et c’est ici qu’il continue de grandir. À chaque album, il revient dans le Studio E d’Ecotay-l’Olme, créé par deux instituteurs dans leur garage. C’est ici que la passion de la musique l’a mordu pour la première fois, alors qu’il avait à peine dix ans. À l’époque, Yvan est plutôt un nouvelliste en herbe qu’un parolier : déjà, il veut conter, écrire des histoires qui donneront envie de se rassembler. Mais à la radio, les plus grands chansonniers se bousculent sur les ondes, et lui montrent que la musique peut faire s’envoler les émotions un peu plus loin. Et puis, surtout, les notes ont le pouvoir de réunir : plutôt que d’écrire seul dans son coin, Yvan peut retrouver ses amis Pascal Colomb (futur collaborateur de Vanessa Paradis, Françoise Hardy, Etienne Daho, etc.) et Mickaël Furnon au Studio E pour enregistrer quelques compos avec un synthé Yamaha et une boîte à rythme. C’est ainsi que l’artisan de la chanson commence son bricolage.

Les années passent, les copains partent. Yvan, lui, reste dans sa région. Il utilise la musique pour ce qui lui semble le plus important : imprégner le tissu humain et apprendre à des jeunes de lycée agricole à bâtir l’avenir plutôt que de se contenter d’en rêver. En 2003, Yvan Marc enregistre son tout premier album, « La cuisine » et accompagne Mickaël Furnon, devenu Mickey 3D, sur sa tournée. Il tombe amoureux de cette proximité que lui apporte le live. Il décide de se consacrer davantage à sa musique. En 2005, « Des chiens des humains » sort chez Virgin et lui ouvre les portes des grands plateaux télé (Taratata, La Musicale). Il enchaîne avec « La Grève », en 2008, puis « À bout de bras » en 2010. Au fil des routes et des rencontres, son style se diversifie : le chansonnier intègre des touches de plus en plus rock à son répertoire. Les instruments se multiplient, les influences aussi.

Mais Yvan éprouve le besoin de reprendre la main sur son projet, retrouver le sens de son métier, et en maîtriser toute la fabrication. Il retourne dans sa cabane de la forêt du Meygal pour enregistrer « La Cerise » en 2013 puis « Nos vies d’ours » en 2016. Un renouveau salutaire qui le propulse sur les ondes de France Inter, et semble aussi parler à l’air du temps : à l’heure où technologie et mondialisation commencent à effrayer même les plus connectés, nombreux sont ceux qui cherchent, comme Yvan, à ralentir, à retrouver leur propre trace, pour ne pas perdre de vue la recette de la joie. 

C’est tout ça qu’Yvan nous dit durant ce dimanche. S’il s’est parfois laissé aller à grogner, il prône aujourd’hui l’apaisement. Profondément ancré dans l’urgence de notre temps, Yvan décide de prendre part au débat avec son regard de poète contemplateur. Avec les encouragements de son ami de toujours, Pascal Colomb, il n’a gardé que la tendresse lumineuse de son timbre, ses souvenirs de coton et ce calme profond qui n’a plus rien à ajouter. Même les musiciens ont dû s’adapter à cette sobriété heureuse, laisser tomber les effets et les surenchères pour toucher en plein cœur. C’est ce que la nature nous apprend lorsque l’on peut s’y perdre : parfois, nos seuls sens suffisent à nous combler. Yvan sait qu’il a cette chance d’avoir tous les jours au lever du soleil un rappel de cette si simple vérité : il a donc conçu ses chansons comme des graines qu’il nous souffle pour qu’elles viennent se planter chez ceux qui l’ont peut-être oubliée.